Fotografia a Catalunya
Menu
×

9. MARTÍ LLORENS

Enderroc final d‘un edifici ferroviari a l’avinguda d’Icària 6-8, Barcelona, agost, 1987 – 1989 ©Martí Llorens.

Depuis l’invention de la photographie, la possibilité de fixer un instant sur une surface grâce à un dispositif technique a favorisé l’idée que sa mécanicité pouvait donner au sens de la photographie résultante une indiscutable stabilité sémantique; raisonnement à partir duquel les discours sur sa capacité à documenter se sont développés. Voilà peut-être pourquoi les photographies, vues comme les traces d’un moment unique, sont généralement interprétées comme étant le synonyme de quelque chose de conclu, de clos, comme la représentation authentique de «ce qui a été». Cependant, le passage inexorable du temps ne doit pas nous empêcher d'aborder les photographies comme des surfaces qui n'ont jamais été vraiment figées, puisqu’elles sont toujours ouvertes à de nouvelles interprétations.

Martí Llorens, Enderroc final d‘un edifici ferroviari a l’avinguda d’Icària 6-8, Barcelona, agost, De la sèrie Poblenou, 1987 – 1989.

 

 

La désignation de Barcelone comme ville-hôte des jeux olympiques de 1992 a entraîné de radicales restructurations urbaines. C’est dans le quartier du Poblenou, et plus précisément dans le secteur structuré par l’avenue d’Icària, que s’est tenu l’un des projets de plus grosse envergure du front littoral. Voilà exactement trente ans, Martí Llorens décidait de raconter la disparition de cette zone et de son legs architectural à l’aide d’un simple appareil à sténopé. La série dénommée Poblenou se compose d’une centaine de pièces. Les longs temps d’exposition nécessaires pour photographier avec cet appareil ont permis de saisir ce que l’on ne peut voir à l’œil nu. Au cours de leur mutation, les bâtiments deviennent transparents et annoncent ainsi leur nouveau statut, dont il ne restera trace que grâce à l’enregistrement photographique et à la voix de ceux qui ont assisté à tout cela. Si, comme l’affirme Joan Fontcuberta, les appareils photo sont des machines à voyager dans le temps, celui de Martí Llorens transforme en ruine fantasmagorique ce qui se produisait devant lui en temps réel: des disparitions qui, en un peu moins de deux ans, ont radicalement déterminé le présent et l’avenir de la ville. 

Les photographies en tant qu’espace public

Marta Dahó

Les photographies en tant qu’espace public