Fotografia a Catalunya
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2. DEL GRAVAT A LA FOTOGRAFIA IMPRESA (II)

Manifestation sur la place Sant Jaume pour demander la révision du procès de Montjuïc. L'Esquella de la Torratxa, 18 février 1898. (AHCB)

2. De la gravure à la photographie imprimée (II)

Les hebdomadaires graphiques barcelonais commencèrent à publier des photographies de la ville, des rues et des foules dans les dernières années du XIXe siècle. Grâce aux possibilités qu’offrait le procédé de la photogravure, la photographie pouvait acquérir une nouvelle dimension en tant qu’élément d’information, ce qui représenta le début d’une grande transformation en termes de communication et de culture. Les ateliers de photogravure comme Sociedad Heliográfica, J. Thomas, Juan Furnells ou Baguñá i Cornet, entre autres, se firent une place au soleil et, en collaboration avec les photographes et les médias, permirent aux lecteurs qui feuilletaient les publications d’avoir une nouvelle référence visuelle « réelle » –  ou, comme on disait à l’époque, « directe du naturel » – au-delà des interprétations personnelles des graveurs et dessinateurs.

Attentat de la rue Canvis Nous. Le point où la bombe éclata. Photo Rus. (AHCB)

Enterrement des victimes à La Rambla de Santa Mònica. Photo Rus. (AHCB)

Parmi les premières photographies de manifestations revendicatives à Barcelone qui furent publiées, nous trouvons celles prises par Federico Fernández le 14 février 1898 lors de la protestation contre le procès de Montjuïc, une affaire judiciaire et politique menée contre le mouvement anarchiste après l’attentat de la rue Canvis Nous au cours de la procession de Corpus Christi en 1896. Les journaux, centres de réunion et lieux de loisirs furent interdits pendant deux ans de répression. La Brigada Social, un corps de police créé ad hoc, procéda à des centaines d’arrestations au sein des ouvriers, syndicalistes, instituteurs laïques, anticléricaux et républicains en général, qui furent incarcérés au château de Montjuïc, devenu depuis une légende noire du mouvement ouvrier barcelonais. Là, les prisonniers, soumis à de terribles tortures, finissaient par signer des déclarations dans lesquelles ils s’accusaient du crime. Il y eut finalement 87 inculpés, 5 peines de mort et 68 condamnations à l’exil.

L’enterrement de Jacint Verdaguer, une des démonstrations de deuil les plus nombreuses jamais vécues à Barcelone, est une autre preuve irréfutable de la fascination que les rassemblements dans les rues commencèrent à exercer. Ce fut le 13 juin 1902 et Fernando Rus – une des références chez ces reporters avant l’heure – était dans les rues pour la photographier.

Selon une chronique de Gaziel, pendant le cortège « on ne pouvait faire un pas, ni en avant ni en arrière. Ce n’était pas la procession de Corpus, ni une manifestation politique, ni une rencontre festive, c’était quelque chose de jamais vu. C’était une manifestation étrange et nouvelle que la Catalogne n’avait jamais encore faite pour personne. C’était la capitale de tout un peuple qui exprimait sa douleur pour la mort d’un poète ».

Enterrement de Jacint Verdaguer. Photo : Rossend Partagàs. (AFB)

Enterrement de Jacint Verdaguer. Photo : Rossend Partagàs. (AFB)

Cette même année 1902, Barcelone avait vécu toute une suite de manifestations bien différentes, pendant la grève générale de février promue par les travailleurs du secteur métallurgique. Cette protestation massive, synthétisée dans la peinture furieuse de Ramon Casas, s’acheva après quatre jours de paralysie totale des usines, du transport routier, du port et des gares ferroviaires. Quatre jours également de durs affrontements dans les rues entre la police et les travailleurs – notamment dans la zone de Paral·lel, Drassanes et Nou de la Rambla.  La grève laissa un bilan effrayant : entre 70 et 100 morts, des centaines de blessés et les prisons pleines à craquer.

Et des photographies, quelques-unes à peine, surtout du déploiement policier et militaire, publiées dans La Hormiga de Oro et l'Esquella de la Torratxa, signées par J. Pagès Cubinyà, Pròsper Mossé ou A.S. Auban.

La charge, Ramon Casas, 1899-1902. Domaine public.

« Les Événements de Barcelone ». La Hormiga de Oro, 22 février 1902. (AHCB)

 

PHOTOGRAPHIES DE LA FOURE CONTESTATAIRE

Andrés Antebi, Teresa Ferré, Pablo González

PHOTOGRAPHIES DE LA FOURE CONTESTATAIRE